Voici
quelques échanges au sujet de l'utilisation d'ERMEL dans un
cours double (CP et CE1).
31
octobre :
Je
n'ai pas trouvé de site sur l'utilisation d'ERMEL dans un
CP/CE1. J'ai lu l'avis d'un enseignant le
déconseillant,
du moins en début d'année, les CP
n'étant pas
autonomes. C'est maintenant mon avis, c'est trop prenant et
usant.
1er
novembre :
J'ai
découvert votre site il y a deux jours en cherchant sur
Google
des répartitions de maths avec Ermel. Ravie de trouver une
classe qui fonctionne comme la mienne avec Ermel en CP et en CE1 +
Max, Jules etc.. en méthode de lecture, ( même si
ces
chiens, à qui il pousse des cheveux à la
naissance
cf. la leçon sur le
« in », ne me
plaisent qu'à moitié, sauf que les exercices des
fichiers sont bien faits et denses ce qui dans une classe avec 2
niveaux est loin d'être négligeable).
Donc, ce matin en retournant
sur le site (
dans mes favoris depuis 2 jours), je lis dans le journal d'octobre
à
la date d'hier la difficulté à utiliser Ermel sur
les 2
niveaux en particulier au premier trimestre. Tout est difficile au
premier trimestre dans un CP/CE1, les enfants pas autonomes au CP,
peu voir très peu en CE1, en général
et
insensiblement, vers Noël, je trouve que la classe commence
à
mieux tourner. il est bien temps et en général,
je suis
sur les genoux en me disant que mon quotidien ressemble assez
à
des tours de prestidigitation un coup avec les CP , un coup
avec
les CE1, en anticipant sur mon passage d'un groupe à
l'autre,
aux grands coups de "les CE1, ( ou les CP) j'arrive,
rangez, même si vous n'avez pas terminé, on verra
plus
tard" hantée que je suis par le temps qui passe et par
la séance suivante qui va être
bâclée
ou même qui va sauter faute à ce fameux
temps !
Bref,
une journée de
classe ordinaire quoi !
Pour en revenir à Ermel, je l'utilise depuis une
quinzaine d'années en CE1, avec plaisir, sans me lasser et
convaincue qu'en numération, cela donne
de bons
résultats. Depuis 2 ans , j'ai "hérité
"
d'un groupe de CP ( 8 cette année) et il me semblait
impossible d'utiliser Ermel au CE1 et autre chose au CP, donc vive
Ermel CP, il me semblait indispensable de garder cette
méthode
déjà au niveau de la cohérence dans ma
pratique
et en plus, pour les 5 CP que j'avais l'an dernier (que j'ai
gardés
au CE1 cette année, dilués parmi les autres CE1)
l'année mathématiques a commencé plus
vite et
sur des activités et des démarches (je pense
à
la résolution de problèmes) qu'ils connaissaient
déjà.
Voilà ma modeste contribution à la question
"Ermel"
dans une classe à 2 niveaux.
Colette
PS
: Je continuerai à aller sur votre site
régulièrement pour vous lire et partager vos
interrogations sur nos supports de maths et lecture communs.
26 août :
Qui peut répondre à Claire ?
Bonjour
J'ai cette année une classe de CP-CE1
et j'ai décidé de me lancer ds ermel pour les 2
niveaux! J'ai déjà testé l'an dernier
avec les CP, c'était très bien
mais ça prend beaucoup de temps il faut
être avec eux quasi tout le temps! Je ne vois pas
bien comment faire mon emploi du temps pour avoir un créneau
d'1h de présence en maths avec chaque niveau!
Le ermel CE1 demande-t-il autant de
présence ou peuvent-ils travailler en autonomie une partie
du temps ? Comment t'y prends-tu?
Merci
Claire
Pas
d'affolement ! (c'est un ancien de la classe unique, enfants de 4 ans
au CM2), 30 années d'usage d'ERMEL qui parle.
D'abord, il faut distinguer l'esprit
ERMEL de la
démarche et ne pas se sentir prisonnier de ce
qui est proposé. Il ne faut pas oublier que dans ERMEL, il y
a
recherche et que les enseignants qui y ont participé depuis
40
ans n'ont jamais voulu faire un cadre strict, tout au contraire.
Certains ont l'esprit ERMEL tout en utilisant d'autres manuels. Pour
d'autres qui disposent de toute la panoplie, il ne s'agit que d'un
support purement didactique. Par exemple, les exercices des fichiers
sont conçus comme des synthèses ou des
systématisations, pas des découvertes.
Pour moi, il y a un principe intangible : toute
notion nouvelle doit être rattachée à
une expérimentation ou une mise en situation.
Il est aberrant de constater que des
élèves quittent l'école primaire, sans
jamais
avoir manipulé des objets (cubes, haricots, cahiers,
monnaie,
peu importe) pour faire des paquets de 10, puis de 100 et au moins un
paquet de 1000. Chaque année, des
élèves
échouent sur des représentations d'adultes
censées
représenter ces groupements... Et jamais on ne leur
laisse
le temps de constater, par exemple, qu'une centaine, ce n'est
pas
obligatoirement un carré.
Il n'est pas souhaitable de faire manipuler tous
les jours. Mais quand on le fait (sur un ou plusieurs jours), veiller
à ce que les enfants s'expriment, pas seulement vers
l'enseignant. Faire réexpliquer la situation, la question
posée, laisser dire des hypothèses sans porter de
jugement de valeur. Ce qui paraît infondé
se révèle souvent juste à la
lumière d'un aspect que l'on avait
négligé. Beaucoup d'élèves
ont un sentiment de frustration, ils savent ce qu'ils ont
constaté, mais ont dû admettre le point de vue de
l'adulte qui est généralement beaucoup plus
restrictif puisqu'il ne vise qu'à l'acquisition d'une notion.
ERMEL, c'est d'abord apprendre
à observer, à écouter, ne pas aller
trop vite. Ce qui nous paraît évident, comme payer
ce qui a été choisi, va soulever un tas d'aspects
pour l'enfant :
_ savoir échanger un billet
de 10 € contre 10 pièces de 1 €, ou 1
billet de 5 €, 2 pièces de 2 € et une
pièce d'un €, ... et vice-versa
_ savoir compter de 10 en 10
_ savoir si le prix est plus grand que
ce que l'on a
_ comprendre que ce n'est pas qu'une
situation scolaire
_ représenter et expliquer
les échanges
_ confronter les points de vue
_ admettre qu'il y a plusieurs
façons de rendre la monnaie
_ connaître la valeur de
l'argent (qui d'ordinaire ne se distribue pas, dommage...)
Mais inutile de prévoir une
progression pour
aborder chacun de ces points. Primo, ce serait une
démarche d'adulte qui veut justifier son rôle ;
secundo,
ce serait du temps perdu. Seuls deux ou trois aspects, après
observation, demanderont une intervention magistrale. Le reste
découlera des activités, des confrontations.
Surtout, une
notion ne sera vraiment assimilée qu'au travers
d'activités complémentaires (on mesure la taille
en
maternelle, la classe au CP, le couloir au CE1, la cour au CE2, les
ombres, le stade au CM, ....)
Ensuite, ne pas confondre expérimentation et
manipulation.
On expérimente quand on manipule avec ses mains
bien
sûr mais aussi quand on récite la suite des
nombres de
différentes façons, quand on compte de 2 en 2, de
5 en 5
sur une liste écrite, quand on dessine pour trouver la
solution,
quand on écoute ce qu'un autre a constaté et
quand on le
questionne, quand on échange ses points de vue, quand on
écrit une phrase pour expliquer.
Le péril est de croire qu'on n'a rien fait parce
qu'on n'a
pas eu l'attitude traditionnelle du "maître", parce qu'on n'a
pas
un résultat écrit aussi beau qu'un fichier
où
plusieurs notions se succèdent sur la même page,
illusion
de l'investissement personnel qui ne satisfait que
l'enseignant persuadé d'avoir
été utile :
l'élève
apprend vite à quémander de
différentes
façons les réponses qui contenteront tout en se
persuadant que l'école n'a aucun rapport avec la
réalité. Dans cette logique, certains donnent
encore des
bons points pour démontrer que c'est l'enseignant qui
apprend
à l'enfant dont la servilité est
récompensée.
D'autres
estiment heureusement qu'un brouillon est bien plus
révélateur de la recherche qu'a
effectuée
l'élève, que celui-ci peut s'exprimer avec. Les
brouillons se gardent (veiller à ce que l'enfant utilise des
feutres ou ce qui ne se gomme pas). Au début, il barrera
puis il
apprendra à expliquer, à valider, et
découvrira
qu'en classe, comme dans la vie, il y a plusieurs façons de
faire. Aux parents (quelquefois) surpris, on suggèrera de
laisser
parler leur enfant de ce qu'il a fait.
Mais tout cela, je pense que vous le saviez
déjà.
Alors, comment s'organiser dans une classe à
plusieurs cours ?
Le
problème est le bruit. Certains enfants sont
sans-gêne,
soutenus par leurs parents et l'air du temps. Leur apprendre
à
maîtriser leur niveau sonore peut-il être en
liaison avec
l'EPS ou d'autres activités ?....
La réponse n'est pas le silence. Quand
des
élèves ont eu le temps d'assimiler la question
posée, ils discutent généralement de
ce travail.
Certains ne s'investissent pas ("M'sieur, il
copie."). Au
moment des synthèses, on leur demandera d'expliquer ce
qu'ils
ont fait (ou ce qu'ils ont copié), non pour les mettre en
échec mais pour les faire rentrer dans la
démarche.
Comment organiser l'heure de math ? En
général, 2 ou 3 minutes avec les CE1 pour
réciter
les nombres à l'endroit, à l'envers, de 2 en 2,
de 5 en
5, compter avec (pas sur) les doigts, par exemple. Le faire
très
court en demandant aux CP d'écouter, (certains peuvent
intervenir).
Ensuite, pendant que les CP sont mis en situation
(10
à 15 minutes), les CE1 écrivent la suite
des nombres
qu'ils viennent de dire (admettre qu'ils n'en écriront pas
tous
autant) par exemple puis découvrent par écrit la
situation ou le travail qui leur sera demandé (ils peuvent
évidemment le commencer).
Les CP pouvant maintenant effectuer leurs
recherches ou
leur travail écrit, seuls ou par deux, leur dire de
ne pas
déranger pendant qu'on s'occupe des CE1 (certains viennent
systématiquement "J'ai pas compris" "Qu'est-ce qui faut
faire ?"
bien plus par quête d'affection et par manque d'efforts).
Demander aux CE1 d'expliquer ce qu'ils ont fait, compris, pas compris.
Ne pas répondre si possible, dire "Qui veut lui expliquer ?"
"Vous êtes d'accord ?"
Les CE1 peuvent maintenant terminer ou
compléter
leur travail, effectuer des exercices complémentaires,
pendant
que l'enseignant vérifie ce qui a été
fait par les
CP, organise un autre moment collectif si nécessaire.
À partir de là,
il n'est plus
possible d'organiser une activité magistrale pour les
dernières minutes et une part des corrections devra
être
faite hors classe (en général, on jette un rapide
coup
d'œil sur le travail de ceux qui ont terminé
pour pouvoir s'occuper des autres).
Quand les
élèves ont compris
qu'aider un autre, ce n'est pas faire la travail à sa place
et
que par exemple, il est strictement interdit d'écrire pour
lui,
il appréciera qu'on lui dise "Si tu veux, tu peux aider ceux
qui
ont du mal s'ils sont d'accord." Un CE1 pourra aussi bien aider un CP.
Seconde
possibilité pour terminer
l'heure : les ateliers proposés par ERMEL : jeux de cartes
par
exemple. Au début de l'année, ce sera la
galère
pour la mise en route et leur utilisation autonome. Mais
n'est-ce pas une manière d'apprendre à vivre
ensemble,
à se sociabiliser d'où utilisation des horaires
prévus à cet effet ? Quand on explique
un atelier,
dire aux autres d'écouter :"Vous aussi, vous le ferez plus
tard." Ou mieux le faire expliquer par ceux qui
l'utilisent
déjà.
En maternelle, les
mathématiques
faisaient partie de la découverte du monde, me
semble-t-il. En élémentaire, les nombres
doivent
rester ce qu'ils sont, une traduction de la
réalité, une
abstraction à partir de choses vécues. On compte
toujours
et partout : les numéros des pages, les âges, la
taille,
la température, le nombre d'enfants dans un groupe d'EPS, la
comptine numérique pour un jeu, la marelle, la longueur
sautée, la longueur de la cour pour l'endurance, de la
classe...
Certaines activités peuvent
être
réalisées en collaboration entre les CP et les
CE1
(fourmillions par exemple).
Enfin, ceux que j'ai toujours
entendu dire
"Ce n'est pas possible de faire tout ça." n'ont pas pris le
temps de réfléchir aux exigences sans rapport
avec les
mathématiques (3 carreaux par ci, du rouge par
là, ...), le temps de la
récréation prolongée, du rangement
contraint, des
photocopies sans intérêt (pléonasme),
du respect de
routines superflues.
Donc, en faire faire peu, bien le
faire et surtout laisser du temps au temps.
Je m'arrête pour que ce ne
soit pas trop indigeste.